1- A quels problèmes s’agit-il de répondre ?

Correspondance avec les questions de la consultation « internet du futur »

1a) Quels sont les principaux nouveaux services, usages et applications qui viendront redéfinir le fonctionnement et l’utilisation de l’Internet ?
3b) Un certain nombre de considérations (par exemple en matière de sécurité, de qualité de service  ou de gouvernance)  devront être prises en compte le plus en amont possible dans les travaux de conception de l’Internet du Futur : selon vous, lesquelles et comment ?

Si tant de gens, dans tant de pays, réfléchissent à « l’internet du futur », ce doit être que celui-ci rencontre des problèmes, ou qu’il devrait en rencontrer dans l’avenir. Pour envisager les directions à prendre, il est important de recenser ces problèmes, et d’en mesurer le caractère plus ou moins critique. Il faut aussi faire la part des problèmes réellement liés à la technique, de ceux qui proviennent de l’organisation de l’internet ou de ses acteurs.

Et pourtant, il marche !

Car le plus étonnant, au fond, est que pour la plupart de ses usages et de ses utilisateurs, l’internet fonctionne assez bien alors que son architecture fondamentale a fort peu changé en près de 30 ans.
Cela se fait certes au prix d’une grande complexité, distribuée à tous les niveaux : multitude d’acteurs intervenant à tous les échelons du réseau – jusqu’aux administrateurs des réseaux d’entreprises et aux utilisateurs (gestion des adresses, sécurisation, mises à jour diverses, etc.) ; multiplication des adaptations destinées à permettre au réseau d’accepter de nouveaux usages et de nouveaux utilisateurs ; « patches » liés à la sécurité, la qualité de service, la mobilité, etc. Mais il demeure que l’exceptionnelle capacité d’adaptation de l’internet, et l’extraordinaire diversité des utilisateurs et des usages pour lesquels il constitue aujourd’hui une base satisfaisante, doivent conduire à approcher toute transformation significative avec un grand discernement.

Un problème de dimension

L’une des principales difficultés que rencontre l’internet d’aujourd’hui est celle de suivre la croissance du nombre d’appareils connectés. Celle-ci traduit non seulement la croissance du nombre d’utilisateurs, celle du nombre de « terminaux » par utilisateur (beaucoup d’appareils électroniques s’équipant d’une connexion réseau), mais aussi, la multiplication d’objets et d’espaces « communicants ».
L’insuffisance du nombre d’adresses IP que fournit l’actuel protocole IPv4 est manifeste. Diverses mesures ont jusqu’ici permis de gérer la pénurie, au prix d’une certaine fragmentation du réseau et sans doute, de l’impossibilité de penser certains usages (il est par exemple impossible d’accéder directement à chaque objet connecté par une adresse propre indépendante des applications, ce qui rend difficile son utilisation comme « serveur »).
L’inflation des tables de routage pourrait également finir par créer des phénomènes d’engorgement. Malgré les promesses des générations successives de routeurs, l’évolution technologique ne semble pas pouvoir répondre à elle seule à cette problématique de croissance.

Des insuffisances pour des usages « critiques »

L’internet pose des problèmes à des organisations ou des types d’échanges pour lesquels le réseau, ou bien telle ou telle de ses caractéristiques, ont un caractère critique – au sens où si une fonction donnée n’est pas remplie, l’échange devient impossible ou sérieusement problématique :

  • L’internet ne propose pas aisément une sécurisation de bout en bout des échanges. Techniquement, elle supposera que tous les intermédiaires assurent bien le même service d’une façon compatible les uns avec les autres. Or, l’internet étant un réseau de réseaux indépendants les uns des autres, une part majeure de la sécurité relève de fait des utilisateurs et des applications. Notons qu’aujourd’hui, dans la plupart des cas, les opérateurs de réseaux comme les utilisateurs mettent très insuffisamment en œuvre les technologies et les démarches de sécurité élémentaires et disponibles.
  • Reposant sur un principe d’obligation de moyens (« best effort ») et non de bonne fin, l’internet peut difficilement être utilisé pour des échanges ayant besoin d’un niveau garanti de « qualité de service », en termes de fiabilité, de débit, de latence, etc. On pense, par exemple, à des usages pour lesquels le temps réel est essentiel, parmi lesquels la vidéo haute définition, mais aussi des applications destinées à synchroniser de manière précise différents dispositifs (applications industrielles, de sécurité, scientifiques, etc.). Là encore, des solutions existent, mais il est difficile de garantir qu’elles sont mises en œuvre, et de la même façon, de bout en bout et au travers de tous les réseaux.

Une difficulté à accommoder de nouvelles demandes

En l’état, malgré certaines adaptations, l’internet gère mal la mobilité. Il se prête également mal à la multidiffusion d’un signal (« multicast »).

Des difficultés d’ordre économique et social

Enfin, l’internet suscite ou rend manifestes des difficultés dont le caractère n’apparaît pas technique au premier abord, mais dont on pressent bien – pour de bonnes ou de mauvaises raisons – que certaines solutions pourraient passer par des évolutions du réseau lui-même :

  • L’internet est difficile à contrôler, mais il n’est pas non plus si incontrôlable qu’on le dit. Le pouvoir iranien n’est pas si mal parvenu à restreindre les communications entre ses citoyens, et il a sérieusement raréfié leurs interactions avec le reste du monde. On ne peut tout contrôler tout le temps, mais force est de constater que dans de nombreux pays, on parvient assez bien à censurer l’internet, ou au moins retrouver la trace de ceux qui passent au travers des mailles du filet.
  • Le modèle économique de l’internet, comme réseau, apparaît comme fragile. A titre d’exemple, la rentabilité des fournisseurs d’accès s’obtient aujourd’hui, soit en faisant financer les gros utilisateurs par les petits (comme nous le verrons plus loin), soit en s’étendant vers d’autres services, ce qui peut poser des problèmes de concurrence ou fragiliser des secteurs (comme ceux des contenus) dont la rentabilité s’avère déjà problématique.
  • La gestion de l’identité sur l’internet n’est guère satisfaisante. Alors que le réseau est devenu, pour beaucoup de gens, un espace d’action et de transaction quotidien, l’identité numérique demeure généralement liée aux conditions physiques et contractuelles d’accès au réseau ou à un service. Pour la plupart des individus, changer de fournisseur d’accès, de service de messagerie ou de réseau social signifie perdre son adresse, ses contacts, bref, une bonne part de son identité.
    L’identité numérique n’est en fait ni réellement protégée (il y a beaucoup de moyens de savoir qui se cache derrière un pseudo, une adresse IP), ni réellement certifiée (on peut penser savoir à qui l’on a affaire, mais sans en être sûr).
  • Notre vie quotidienne, notre vie économique, certains aspects essentiels du fonctionnement de nos sociétés, deviennent très dépendants vis-à-vis de l’internet. Mais celui-ci n’assume pas vraiment la responsabilité qui devrait accompagner cette dépendance : sauvegarde et préservation des informations dans le temps ou au contraire, effacement sûr des informations, résilience en cas de problème, etc.

Il y a donc beaucoup de bonnes raisons de s’intéresser à l’internet du futur, voire de tout remettre à plat, sur le plan intellectuel du moins. Mais un certain nombre de non-dits obscurcissent aussi singulièrement le débat.

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Une cartographie des questions relatives à l’internet du futur

Illustration : Véronique Olivier-Martin à partir de l'atelier du 26 juin 2009

Illustration : Véronique Olivier-Martin à partir de l'atelier du 26 juin 2009

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